La tellement courte mémoire des Lyonnais (2/2) : Lyon et Napoléon

Dans la première partie, nous avions finis sur un Lyon ravagé et une population traumatisée. Elle le restera durant six ans. Pendant lesquels Lyon tente douloureusement de se relever tandis que le Directoire échoue lamentablement à sortir la France de la crise consécutive à la Révolution et ses horreurs.

Il est une autre chose que les Lyonnais ont oublié avec le Siège de 1793. C’est Napoléon Bonaparte, considéré comme l’un des plus grands conquérants de tous les temps et qui a bâtît l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire de France. Ce conquérant avait noué des liens d’affections très profondes avec Lyon et les Lyonnais, une attirance presque surnaturelle, selon l’historien Daniel Bideau. De quoi orner notre belle ville d’un grand prestige. A condition de s’en souvenir.

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En 1802, Lyon a accueillit Napoléon et les députés italiens pour donner naissance à la République Cisalpine qui deviendra la République Italienne.

Napoléon Bonaparte se déplace plusieurs fois à Lyon :

– Le 13 octobre 1799, au retour de sa campagne victorieuse en Egypte contre les Anglais, Napoléon Bonaparte passe par Lyon et y est acclamé par des Lyonnais qui voient en lui le sauveur de la ville. Cette chaleureuse liesse populaire va conforter Napoléon dans sa volonté de renverse le Directoire et d’instaurer le Consulat dont il serait le 1er Consul.

– Après sa victoire à Marengo, en 1800, il retourne à Lyon où il pose la première pierre des bâtiments de la place Bellecour qui avait été détruit lors du siège de 1793.

– En janvier 1802, dans la Capitale des Gaules, Napoléon se réunit avec les députés italiens pour donner naissance à la République Italienne, ancêtre de l’Italie moderne. L’espace d’une journée, Lyon a été capitale de la France et de l’Italie.

– En avril 1805, Napoléon, empereur, s’arrête à Lyon sur la route de Milan pour s’y faire couronner Roi d’Italie.  A cette occasion, les Lyonnais toujours heureux de le voir, Napoléon dit au préfet local qu’il a lui-même nommé : « Mon véritable trône est dans [le] cœur [des Lyonnais] ». Il créer la Condition publiques des soies et acquiert la confluence dans le but d’y construire un palais, mais les guerres vont empêcher sa réalisation. Finalement, le plan du palais sera repris pour construire la gare de… Perrache.

– A son retour de l’île d’Elbe, en 1814, Napoléon passe par Lyon et y est acclamé, une fois de plus. Il fait sa plus célèbre déclaration lyonnaise : « Lyonnais, je vous aime » avant de quitter Lyon pour toujours.

De retour de l’île d’Elbe, Napoléon fait diffuser ses affiches lors de son passage dans la ville.

L’un des plus grands conquérants de l’Histoire, Napoléon 1er, aimait Lyon, notre ville. Ça n’arrive pas à n’importe quelle ville. Sous son règne, la Ville des Lumières a été relevée de ses cendres, son industrie soyeuse a été dopée et vit son âge d’or. La ville prospère à nouveau en Europe. A l’époque, Lyon était la quatrième ville de l’Empire derrière Amsterdam et Barcelone mais Napoléon avait l’intention d’en faire au moins la seconde ville de l’Empire. Il répéta à plusieurs reprises : « Lyon, deuxième ville de l’Empire. » Certains amoureux de Napoléon disent même que l’empereur voulait faire de la Capitale des Gaules sa nouvelle capitale, la capitale de l’Empire Français, la capitale de l’Europe. S’il ne subsiste aujourd’hui aucune preuve matérielle de cet extraordinaire projet, il est en revanche certain que Napoléon avait voulu être enterré à la confluence, à l’endroit où le Rhône et la Saône se rejoignent. Les Parisiens s’en ficheront royalement puisque ses cendres sont gardées à Paris. Bien sûr…

Les plans de la gare de Perrache ont été inspirés par ceux du projet de palais impérial de Napoléon.

Les histoires d’amours de ce genre sont rares. Lyon bénéficie d’au moins une de ces histoires, et pas avec n’importe qui, aven Napoléon Bonaparte, l’un des plus grands conquérants de l’Histoire. Une histoire qui à Lyon devrait vivre encore au moins un millénaire. Napoléon est partout, partout dans Lyon, chevauchant les mémoires de nombreux Lyonnais dans lesquelles il continue de vivre.

La tellement courte mémoire des Lyonnais (1/2) : Le Siège de Lyon de 1793

Les Lyonnais se souviennent mieux d’évènements s’étant passés il y a deux mille ans que d’autres qui se sont passés il y a dix fois moins longtemps. Il y a deux mille ans, Lyon était la Capitale des Gaules, une des principales villes de l’Empire Romain. Tous les Lyonnais le savent. Il y a deux cents ans, Le Siège de Lyon (et ses funestes conséquences) ravageait Lyon dans la plus sombre page de son histoire. Très peu de Lyonnais le savent. Vous connaissez le dicton : « ce que nous oublions est condamné à se reproduire. » Il vaudrait mieux que cet évènement ne se reproduise plus jamais. Il est de notre devoir de faire connaître cet évènement dramatique de la Révolution Française, qui témoigne d’une partie de l’échec de l’humanité à se diriger vers une société plus juste.

A l’origine, Lyon est favorable à la Révolution.

Au début, la Révolution a été accueillie positivement à Lyon. Les pauvres auraient plus de libertés et seraient moins affamés, et les marchands y voyaient une occasion de pouvoir se moderniser et s’affranchir d’une partie de l’hégémonie parisienne. Contrairement à d’autres villes, Lyon allait bien. Jusqu’à ce que le chef des Jacobins locaux, Joseph Chalier, ne force « l’entrée » de la mairie avec l’aide des jacobins envoyés de… Paris, au détriment des fédéralistes élus. Chalier souhaite installer un tribunal révolutionnaire (avec la guillotine qui va avec) et imposer une taxe afin de lever une armée – une armée révolutionnaire, évidemment. Mais il ne parvient pas à régler la crise sociale, et finalement, les fédéralistes reconquissent l’Hôtel de Ville et font guillotiner Chalier avec la même arme que ce dernier avait fait construire Place des Terreaux. Du fait de la forte présence de royalistes aux côtés des fédéralistes, les Jacobins s’imaginent que Lyon est en soulèvement royaliste et déclare la ville en rébellion. Les fédéralistes étant obligés de s’allier aux royalistes, le commandant des Lyonnais insurgés fut le comte Louis François Perrin de Précy.

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Le commandant des Lyonnais insurgés, le comte de Précy, Louis François Perrin

Le Siège de Lyon débute le 9août 1793 et durera deux mois. Les moins de 10 000 défenseurs de la Capitale des Gaules affrontent 65 000 soldats de la Convention « montagnarde » (les Jacobins). Pourtant, les Lyonnais donnent énormément de mal aux assaillants. La vigueur des défenseurs permit à la ville de résister pendant deux mois, en donnant du fil à retordre aux assaillants, avant de devoir se rendre, le 9 octobre. Le siège aura fait des milliers de morts côté lyonnais.

Lyon bombardée de puis le nord.

Et là, l’horreur. Les envoyés de la Convention  jacobine (Joseph Fouché et Collot d’Herbois) destituent la ville de son nom en la renommant « Ville-affranchie » (on peut aussi comprendre que le siège a « affranchie » Lyon de ses complexes vis-à-vis du centralisme parisien) ordonnent la destruction des principaux bâtiments de la Ville des Lumières et l’édification d’une colonne sur la place Bellecour où serait gravée la mention : « Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n’est plus ». La plus grande hypocrisie dans toute sa splendeur ! En effet, si les Lyonnais étaient entrés en guerre c’était justement pour défendre sa liberté, sa liberté de vivre, tout simplement.  Ils sont traités de « mauvaise race » par leurs bourreaux. Et la cerise sous le gâteau : le tribunal révolutionnaire envoya à la mort plus de 3 500 morts, dont certains sont même enterrés vivants !!! Et il se peut que le nombre de victimes aille bien au-delà de ce chiffre…

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Joseph Fouché, responsable du massacre de milliers de Lyonnais

L’horreur totale proférée au nom de « la liberté » (il y a vraiment de quoi halluciner). Un grave échec de la Révolution, de l’Homme tout court. Aujourd’hui qu’en est-il ? Les héritiers des Jacobins sont toujours au pouvoir, centralisateurs, moquant la Province, lui refusant une plus grande autonomie sous prétexte d’unité nationale. Où est l’unité d’un pays lorsqu’un immense fossé sépare la capitale de la province ?!! Nulle part ! A quoi a servi la Révolution ? A rien ! Le Président a à peine moins de pouvoir que le Roi, le pays est toujours aussi centralisé qu’au temps du Royaume de France. Des dizaines de milliers de morts pour rien. La Révolution n’a été qu’une énième mascarade sanglante de l’Histoire…

Ossuaires des Lyonnais dans la chapelle des Brotteaux. N’oubliez jamais que ceux qui ont fait ça sont les ancêtres idéologiques des gouvernants français actuels.

Et qui, dans les rues de la Capitale des Gaules, se souvient du Siège de Lyon ? Presque personne, à part quelques passionnés de Lyon et d’Histoire. Et c’est bien effrayant car « ce que nous oublions est condamné à se reproduire ». Imaginez que les Parisiens descendent à Lyon pour y faire massacrer 100 000 personnes dans toute la métropole, car c’est, proportionnellement, ce qui est arrivé aux Lyonnais en 1793, des femmes, des enfants, des adolescents, des pères de famille, des artisans, des commerçants. Il est de notre devoir de faire vivre la mémoire de nos ancêtres et de faire connaître cet évènement aux gens qui nous entourent. Vous trouvez que c’est trop dur ? Il est beaucoup plus facile à nous de parler du Siège de Lyon qu’aux Lyonnais de 1793 de résister aux armées de la Convention jacobine.

Il y en a à Lyon qui n’ont pas oublié. Et qui réclame sans cesse justice. Et qui auront leur juste vengeance…

… d’une manière ou d’une autre. Le temps ne soustrait rien ni personne à la justice.

Projet d’un monument Funèbre et religieux à élever aux Brotteaux pour y rappeler le souvenir des Lyonnais immolés en 1793 et inhumés en ce lieu.

Davantage de liberté pour Lyon

Lors des élections municipales de 2014, les compétences du département seront transférées à la communauté urbaine de Lyon qui deviendra à l’occasion une « Métropole d’Intérêt Européen ». Les compétences gagnés concerneront le social, le logement, la petite enfance, les collèges. La métropole héritera des recettes dus aux nouvelles compétences, mais aussi peut-être d’une partie des emprunts toxiques du département… Mais le Grand Lyon est en bonne santé financière, ce qui devrait limité les risques au minimum.

Ce transfert de compétences devrait permettre au Grand Lyon d’adapter plus facilement les futurs chantiers et projets dans l’agglomération, et d’adapter le budget de la métropole en conséquence. Le but final est de concurrencer les grandes métropoles européennes.

La communauté urbaine deviendra, en 2014, un Pôle d'Intérêt Européen

Actuellement, le Grand Lyon compte 1,3 millions d’habitants

Je suis très content de cette réforme qui va permettre à Lyon d’être mieux armée pour combattre une centralisation parisienne mortelle pour la Province. Mais comme de partout, il y a les grincheux de service, les « idiots utiles », et ceux qui n’ont rien comprit qui mais qui parle quand même.

Extraits :

« Ce ne sera pas un changement de nom mais bien l’ajout d’une nouvelle collectivité territoriale. » Réponse : Erreur ! Ce n’est l’ajout d’aucune collectivité territoriale. La Métropole d’Intérêt Européen sera en fait la communauté urbaine + les compétences du département du Rhône. On ajoute rien, on enlève rien, mais on transfère. Rien ne se perd, rien ne se gagne, ce n’est que du transfert, et rien de plus.

« moi qui suit patriotique, je pense que l’on est entrain de vendre notre âme au diable » Réponse : Visiblement cette personne n’est pas patriotique mais nationaliste. Qui est le diable en question ? La  province qui essaie seulement d’avoir une meilleur visibilité, une plus grande capacité économique ? N’est-ce pas plutôt la capitale parisienne qui est ce diable ? Elle qui pille à outrance les richesses de la Province, ses habitants, ses entreprises, ses ressources intellectuelles, au motif pitoyable que Paris est la capitale. Et n’est-ce pas Paris qui divise la France en creusant entre elle et la Province un fossé, un gouffre abyssale ?

« avez-vous déjà vu que la création d’une communauté de communes, par exemple, ait supprimé un seul poste de fonctionnaire municipal ? » Réponse : L’objectif de cette réforme n’est pas de diminuer le nombre de fonctionnaire. C’est tant mieux, ça fera des chômeurs en moins.

« Pour nous des impots en plus , pour eux un gruyere encore plus grand. » Réponse : Ce ne sera que les impôts que l’on paie déjà au département car ce n’est que du transfert (il y en a qui ont l’oreille dure). Et s’il y a plus de recettes, il y a aussi plus de dépenses. Pas de quoi s’emporter.

Lyon a été la Capitale des Gaules, une capitale financière de l’Europe. Il est normal que notre ville s’affranchisse davantage de la tutelle parisienne, surtout après les horreurs qu’ont commis les Jacobins à la Révolution. Décentralisation > province plus forte > France plus forte.